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Que faites-vous dans ce pays? De quoi vous occupez-vous exactement ? En tant que délégué "détention" au CICR, mon travail est de visiter les personnes arrêtées dans le cadre du conflit armé qui eut lieu entre 1997 et 2002 et dans le cadre de troubles intérieurs... Pas pour obtenir la libération des détenus mais afin de s'assurer que le traitement des détenus est le plus digne possible. Je visite divers lieux à Kinshasa m'entretenant avec les détenus qui évoquent les problèmes humanitaires auxquels ils sont confrontés pour ensuite donner un feedback aux autorités pénitentiaires dans une optique de dialogue franc et constructif... Avec les détenus, j'essaie de trouver un ton et une attitude qui les mettent en confiance et d'expliquer la démarche du CICR en quelques mots, sans toutefois éveiller en eux des espoirs insensés... En plus de ces contacts individuels, je dois aussi essayer de comprendre l'univers carcéral: il s'est créé toute une hiérarchie parallèle avec ses codes, son organisation, ses privilèges, ses priorités, son histoire ce qui met du temps à décrypter, surtout pour un expat.
Comment et depuis combien de temps avez-vous atterri dans ce bout du monde ? C'est mon travail pour le CICR qui m'a amené à revenir au Congo où j'avais travaillé auparavant. Il y a trois mois on m'a donc proposé ce poste à Kinshasa. Ceci dit à "Kin", on est encore bien loin du "bout du monde"... c'est une capitale d'environ 6 millions d'habitants... on n'y est donc pas trop isolé !
Pourquoi êtes-vous parti? C'est tant le travail humanitaire qui m'a conduit vers l'étranger que le besoin d'élargir mes horizons, de développer un regard un peu différent sur ce qui m'entoure.
Quelles sont vos autres activités? J'essaie de découvrir ce qui se fait en particulier en musique traditionnelle, délaissée au profit d'autres musiques plus "modernes". Or la tradition est une source vigoureuse et passionnante de rythmes, de danses et de thèmes en tout genre.
Y a-t-il d'autres Bruxellois et expats là où vous vivez? Kinshasa est évidemment LA ville où l'on trouve les Belges dans toutes leurs diversités : diplomates polyglottes, jeunes recrues d'ONG récemment expatriées, des scientifiques du Zoo d'Anvers, mais aussi quelques ex-Belges naturalisés congolais, des ex-colons bedonnants, des "Belgicains" (congolais ayant vécu en Belgique) etc.
Quelles sont les activités qu'on ne trouve pas en Belgique et que vous faites? On est beaucoup plus laissé à soi-même. J'ai plus de temps pour lire, écouter les Congolais raconter leurs histoires abracadabrantes ou regarder les splendides couchers de soleil sur le fleuve.
Qu'est ce qui vous manque le plus? Me promener librement dans les rues du centre ou prendre un verre en ville. Ici on est fort limité dans nos mouvements vu les contraintes de sécurité... Et puis bien sûr les concerts à l'AB, au Botanique, au VK, le rap de Souterrain Production...
Qu'est-ce qui vous a le plus frappé ? Les Congolais eux-mêmes... mélange de candeur et d'espièglerie, de fourberie parfois... Ce sont aussi de redoutables orateurs et des showmen hors pair qui se fendent en fin de phrase d'éclats de rire inoubliables.
Une anecdote sur le pays? Il faut dire que je suis assez fâché avec le rasoir donc il m'arrive d'avoir une barbe de plusieurs mois. Et dans les lieux de détention que je visite, certains détenus m'ont déjà surnommé "le Jésus des prisons". Mais voilà qu'un jour, je me balade parmi les échoppes à moitié vides d'un marché. Je vois quelques personnes qui commencent à s'agiter joyeusement en me désignant... J'entends les uns lancer "toi tu es Jésus éh, Jésus!" et les autres "Non, lui c'est un ami de Oussama, Oussama!" ! Dans un indescriptible brouhaha, les commerçants étaient en train de se bidonner et de concourir avec force gestes et grimaces pour savoir auquel de ces deux personnages je ressemblais le plus...
Comptez-vous rentrer un jour à BXL? Oui, sans doute, mais je ne suis pas pressé...
LAURE D'OULTREMONT
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