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Pascale Fonteneau

Pascale Fonteneau

Noire dérision

Le premier livre de Pascale Fonteneau fut publié dans la Série Noire en 1992. Depuis, cet auteur de talent qui a adopté Bruxelles et la Belgique enfile perle noire sur perle noire… sur un fil de dérision coupante et d’humour très foncé.


Elle annonce d’emblée la couleur de ses pensées. “Pascale Fonteneau, c’est moi. Mais dites, on se croirait au début d’un interrogatoire de police”, répond- elle, amusée, à la question lancée à la cantonade. Et cet auteur connaît plutôt bien le monde des commissariats. Obligé : elle a lu polars sur livres noirs depuis qu’elle est toute petite et parce que cet univers-là fait partie d’un héritage commun aux écrivains du “noir”. Pascale Fonteneau en est membre et fan inconditionnelle : “La série noire, c’est un regard sur le monde, un dépaysement total. Ce que j’aime c’est que cela décrit un certain visage de la société mais surtout, cela raconte des histoires”. Et cette auteur s’en est de tout temps racontée. “J’ai toujours inventé des trucs… ancrés dans le contemporain. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été intéressée par les faits divers, les livres noirs américains ou francophones; je n’ai jamais rejeté la télé non plus”, se souvient Pascale Fonteneau. 

Affinités communes 
Ouverture sur le monde et sur la société, culture “noire” impressionnante, sens de la dérision grinçante et du machiavélisme et humanisme au fond du coeur: à vingt ans, Pascale Fonteneau a déjà le bagage mais n’emprunte pas pour autant le chemin qui la mène à l’écriture tout de suite. D’abord, elle ne veut pas être écrivain depuis l’enfance et l’étudiante en journalisme et communication est d’abord intéressée par “l’oralité”. “Moi, j’avais l’impression de beaucoup plus savoir parler qu’écrire… Et un jour, je me suis retrouvée à la campagne avec des enfants, j’avais du temps devant moi. Je me suis installée et j’ai écrit : je voulais savoir si je pouvais écrire sur la longueur”. Il s’est avéré que… oui : ce qui devint son premier livre est sorti en “Série Noire”, la prestigieuse collection des éditions Gallimard. Celle-là même que Pascale dévorait. Alors oui, il y a de la fierté dans ses yeux quand elle parle de cette si belle “montée dans l’arène”. A l’évocation de Confidences sur l’escalier, un sourire reste plus longtemps que les autres sur ses lèvres. Quatre autres romans suivront, édités dans la même collection. “Les rencontres ont été cruciales pour moi. J’étais allée à un festival à Saint-Nazaire. Rencontrer tous ces écrivains que j’avais lus et me rendre compte qu’on était… pareils, avec des affinités communes, ça a été ce qui m’a fait franchir le pas ! 

Causticité et tendresse
 Aujourd’hui, Pascale Fonteneau travaille à mi-temps pour Passa Porta, une association qui promeut la lecture et donc les livres. Elle participe au réseau Kalame où elle forme des formateurs d’ateliers d’écriture mais surtout elle cogite, écrit, fait naître ses idées. Son prochain roman sort en janvier au Masque (Lattès). Empêchez-la d’aller écrire, voir, sentir, lire ses mails, y répondre… bref, “traîner” comme elle le dit dans son bureau au moins deux heures par jour et elle devient folle. “J’écris des romans noirs parce que je crois que c’est ma manière à moi de m’agacer du monde. En fait, j’écris moins pour le plaisir de la belle phrase que pour ancrer ce que je dis dans la société, dans ce qu’on vit”, sourit celle qui s’intéresse avant tout aux petits arrangements avec la vie et aux gens qui “sont à cloche-pied dans l’existence”. Dans l’humour noir qui se dégage de ses livres, il y a de la tendresse et sous la tendresse, il y a l’urgence : à constater la misère, à donner un sens “à tout ça”. Car Pascale Fonteneau est très ordonnée et depuis qu’elle est sur cette terre, elle cherche un sens à l’existence. En attendant, elle ordonne la sienne : c’est promis, pendant les vacances, elle lira tous les livres qui se sont entassés sur l’étagère de sa chambre. Do not disturb…

MON PETIT PROUST

Le principal trait de mon caractère :
l’obstination.

La qualité que je préfère chez les hommes:
le détachement.

La qualité que je préfère chez les femmes:
le fait d’être femme.

Mon principal défaut:
je suis assez dure.

Ma principale qualité :
l’humour.

Mon rêve de bonheur:
Que le temps s’arrête sur un moment intense. J’ai une peur bleue du temps qui passe.

Ma devise :
“Abnégation, discipline, travail... et crustacés !”

Photos : Bénédicte Maindiaux, Christophe Bortels et DR.



E.W.

● 1963. Naissance de Pascale le 29 avril à Fougères en Ille-et-Villaine. 

● 1971. Ses parents s’installent à Bruxelles, précisément à Schaerbeek. 

● 1979. Le 9 novembre, au concert des Stranglers à l’AB, elle rencontre le père de ses enfants. 

● 1986. A l’ULB, elle étudie le journalisme. 

● 1992. Premier contrat chez Gallimard, dans la célèbre “Série Noire”. 

● 2005. En avril sort son neuvième roman : “Crois-moi” (Ed. Labor)
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