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Hair, comédie musicale new look
Véritable produit de la contre-culture hippie et de la révolution sexuelle de la fin des années 60, la comédie musicale “Hair” a marqué son époque. Le phénomène revient sur scène quarante ans plus tard et débarque à Bruxelles… dans une version quelque peu réactualisée.
Créée en 1966 et présentée pour la première fois dans une discothèque de Broadway en 1967, la comédie musicale “Hair”, bien qu’ayant fait dresser les cheveux des plus embourgeoisés de par son côté contestataire, libertin, libertaire et antipatriotique, fut un succès colossal.
Mais qu’avait donc en plus cette comédie musicale ? A l’époque, personne n’est habitué à entendre parler de ménage à trois, de libération sexuelle ou de consommation de drogues. En outre, les titres éloquents, comme “Sodomie” ou “Haschich”, promettent bon nombre de provocations pour le public des années 60, encore peu initié à ces notions. Néanmoins, le scandale sert le spectacle et fait couler beaucoup d’encre, au point d’amener un public toujours plus nombreux à découvrir la comédie musicale la plus controversée de tous les temps.
Aujourd’hui, le spectacle fait toujours parler de lui. “Hair” fête maintenant ses quarante ans et, bien que profondément enracinée dans son temps, l’œuvre donne toujours naissance à diverses adaptations qui replacent régulièrement la question de la révolte à l’ordre du jour. Comme ce fut le cas en 1979, avec la version cinématographique de Milos Forman, qui fait encore partie aujourd’hui des chefs-d’œuvre du cinéma.
Coups de rein éloquents
Si le long métrage de Milos Forman fait la part belle, tant sur le fond que sur la forme, à la version “made in Broadway” de l’histoire, il n’en va pas de même avec la cuvée 2010 qui se produira en avril sur les scènes belges.
En effet, en transférant la guerre du Vietnam à l’Irak, en délaissant la communauté hippie pour les modes piercings et tatouages, le metteur en scène Ned Grujik cherche une version actuelle de l’esprit contestataire. Ainsi, exit New York et la volonté de Claude Bukowski de profiter de ses trois derniers jours de liberté pour découvrir la Grande Pomme et ses habitants avant de s’enrôler dans l’Armée. Et bonjour Paris, avec un Claude déjà bien intégré dans un groupe de marginaux qui tiendraient plus des protagonistes de “Mad Max” que d’une tribu hippie de Central Park.
De “légers détails” qui pourraient rebuter les véritables puristes. Mais que ceux-ci se rassurent, l’esprit original, la contestation et la provocation sont malgré tout au rendez-vous.
Ainsi, les amateurs de coups de reins éloquents et de scènes dénudées en auront pour leur argent, car de cela la mise en scène est tout sauf avare. Interprété par une troupe de jeunes d’aujourd’hui, dans une mise en scène, une adaptation et une chorégraphie nouvelles, “Hair” revient pour nous rappeler que la paix et la tolérance ne sont pas des valeurs désuètes, et que l’Histoire est un éternel recommencement.
Bref, un spectacle qui n’éclipsera certes pas son aîné cinématographique, mais qui a néanmoins le mérite de montrer et de dire tout haut ce que certains pensent tout bas.
Stéphanie Bourgeois
“Hair, The American Tribal Love-Rock Musical”, le jeudi 1er avril 2010 à 20h30 au Cirque Royal, rue de l’Enseignement, 81 – 1000 Bruxelles. Réservations: 070 660 601 ou www.ticketnet.be
Dans ce “Hair” nouvelle version, exit New York et le Vietnam, et bonjour Paris, avec un Claude déjà bien intégré dans un groupe de marginaux qui tiendraient plus des protagonistes de “Mad Max” que d’une tribu hippie de Central Park. (Ph. Sklaerenn Lorand)
Un spectacle contestataire à la portée internationale
“Hair”... Réputé sulfureux pour la nudité de ses acteurs dans certaines scènes, ce “musical” allait devenir le spectacle de référence de la génération du Flower Power. En effet, elle manifestait les aspirations hédonistes d’une Amérique en plein développement économique, dont la jeunesse contestait les valeurs traditionnelles et refusait en bloc de partir en guerre au Vietnam, épousant une idéologie pacifiste et internationaliste.
Se situant à l’apogée du mouvement “hippie”, qui prônait la liberté individuelle, l’élévation spirituelle et la lutte contre les conflits armés, “Hair” est le spectacle emblématique de cette période de révolte tant aux Etats-Unis que dans le monde entier. Il s’exporte sur les scènes londoniennes avant de toucher la France, encore sous le choc de Mai 68.
Version française exceptionnelle
Alors qu’aux Etats-Unis le mouvement hippie culmine avec le grand rassemblement du Flower Power à San Francisco en 1967 et le concert de Woodstock deux ans plus tard, cette philosophie de la “fleur au fusil” émerge en France et provoque un mouvement contestataire contre la pensée de l’ordre qui irradie dans toute l’Europe.
C’est dans ce contexte qu’a lieu la première représentation de “Hair” dans l’Hexagone. En effet, face au succès phénoménal de ce spectacle outre-Atlantique, un producteur visionnaire décide de faire tourner le show en France dans une version adaptée dans la langue de Molière.
Ainsi, le 30 mai 1969, un an presque jour pour jour après les événements de Mai 68, a lieu la première de “Hair” sur la scène du Théâtre de la Porte Saint-Martin. Julien Clerc y tient le rôle principal. Bien que d’abord réticent face au projet, ce dernier acceptera néanmoins d’apparaître complétement nu sur scène.
La comédie musicale surprend le public de l’époque par ces scènes, au point de provoquer une protestation de l’Armée du Salut, venue dans la salle accompagnée de la police pour faire arrêter le spectacle, tentative qui échouera. Le New York Times ira même jusqu’à écrire que “la version française est sans doute la meilleure, la plus hippie et la plus festive”.
Stéphanie Bourgeois
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interview express
Philippe d’Avilla ou l’amour des comédies musicales
“Je suis un gars du théâtre, j’adore jouer en troupe. Les comédies musicales, c’est un peu des montagnes russes de sentiments, un condensé de vie en quelques scènes, et j’adore ça.
Donc, dès qu’on m’y propose un rôle, j’accepte directement. Comme ça a été le cas pour “Roméo & Juliette”. Pour “Hair”, il ne m’a pas fallu deux secondes pour dire oui. D’autant que le rôle de Berger – le chef de la tribu hippie – était l’un des six que je rêvais d’interpréter. Sûr que cette nouvelle version est différente de l’originale, mais c’est aussi intéressant de montrer que, malgré ce qu’on peut penser, les choses n’ont pas tellement changé depuis 1969.
La guerre est toujours au centre de l’actualité et le sexe est de plus en plus violent, dans une société où la libération sexuelle n’est pas encore totale. La preuve, il y a toujours des gens qui quittent la salle quand je montre mon c**.
Les changements au niveau de l’histoire peuvent aussi perturber ceux qui ont vu le film. Mais le but n’était pas de faire une reconstitution historique d’une époque révolue, plutôt de montrer que le thème central est toujours d’actualité.
Quoi qu’il en soit, dans une comédie musicale, il y a toujours des paillettes, ça brille et c’est kitsch... Et rien que pour cela, je les adore, et j’espère que le public aussi.”
(Ph. Sklaerenn Lorand) |