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Matthieu Bioul, loin du star système
Difficile de faire sa place dans le marché de la chanson française en Belgique. Sûrement,
Matthieu s’accroche à sa passion et à son métier de musicien. Il sera en concert
ce vendredi avril à l’Hôtel de Ville de Bruxelles.
Matthieu, ce n’est pas une star. Il n’aime pas le qualificatif. Il n’aime d’ailleurs pas être mis en avant de la scène. Matthieu, c’est plutôt le genre de type discret, sans prétention, qui fait partie de ces gens qu’on voit percer dans ce qu’ils aiment à force de volonté et de confiance. Sa musique touche, ses refrains jazzies un peu rétro sont toujours d’actualité et plaisent énormément. Mais ce succès, comme il aime le répéter, il ne le doit pas uniquement à son talent : “Il faut avant tout de la persévérance ! Je ne suis ni le meilleur chanteur, ni le meilleur compositeur, ni le meilleur parolier, mais c’est l’alchimie des trois qui fait que ça plaît. On aime mes faiblesses, mes pâtés. Les gens qui m’écoutent essayent de garder cette naïveté de la matière première, pas ce qui brille.” Et c’est ce qui a convaincu le jury de Pour la Gloire, qui l’avait révélé en 2002. “Un ami m’avait inscrit au concours, plutôt pour me faire une blague. J’ai passé les présélections, et puis j’ai voulu voir ce que je valais.” Il y rencontre des gens de chez Sony, et la “major” lui permet de produire et de distribuer à partir de juin 2004 Jeannine, son premier single. En prise sur la réalité Source de son inspiration ? Sa voisine de palier. Comme pour toutes ses chansons, il puise aux scènes de la vie quotidienne. “J’observe une personne, une image, une situation… et j’invente l’univers qui les compose. Je me compare souvent à une concierge accoudée à sa fenêtre et qui mate…” Le choix du titre de son premier album, Par la Fenêtre, sorti en septembre 2004, est donc loin d’être innocent. Ce premier album est l’aboutissement de deux ans et demi de travail, durant lesquels il a fallu convaincre une équipe, des producteurs et surtout une maison de disque. “Quand Par la Fenêtre est sorti, je n’étais pas sûr qu’il y aurait une suite. Alors, j’y ai vraiment mis le résumé de toute une vie. Il est loin d’être parfait, mais je suis en mouvement. J’en rirai sans doute dans dix ans en le réécoutant...” Son humilité dissimule mal une longue et solide formation musicale. Matthieu joue du piano depuis qu’il a six ans, il a composé ses premières chansons à douze, et perfectionné ses gammes au Jazz Studio à Anvers après des études classiques en sciences économiques.
Jeter un charme À la même époque, il tourne déjà dans de nombreux piano bars bruxellois. “Je suis issu de ces clubs. Le public n’y venait pas spécialement pour m’écouter. Je devais donc les convaincre en quelques minutes et les transporter tous, si différents qu’ils soient, vers un même point. Seule la musique permet de toucher et de rassembler les hommes de cette façon. C’est un challenge ! Et j’adore réussir cette séduction en musique.” Une séduction autrement plus subtile que le programme de la Star Ac. “C’est un concept génial, mais dangereux. On apprend à des jeunes à devenir des stars. Et ils sont très vite propulsés au rang de musiciens ou de chanteurs alors que souvent ils n’en sont pas vraiment. Beaucoup de gens en ont eu raz le bol de voir émerger ces stars à paillettes. Ils ont voulu revenir à des chansons à textes, qui soient accessibles, sans guimauve... Cette tendance a vu émerger de nombreux artistes. C’est plutôt bénéfique, mais en contre- courant de ce phénomène, on dit aussi que certains profitent de la nouvelle tendance.” Du côté de la comédie... Matthieu garde néanmoins les pieds sur terre. On ne perce pas en restant inconnu du public, mais il préfère voir au-delà. À côté des concerts qu’il donne régulièrement en Belgique, comme aux prochaines Francofolies à Spa, Matthieu poursuit lentement et sûrement son but. Dans le petit studio qu’il s’est installé dans sa tanière, à deux pas de la place Flagey, il répète sans relâche et compose régulièrement de nouvelles chansons. Il prépare d’ailleurs un prochain album, ainsi qu’une comédie musicale… “J’aimerais bien en monter une un jour, travailler avec des personnes aux langages multiples… Alors, si jamais un producteur me la demandait, on ne sait jamais… Je veux qu’elle soit prête !” Avant ça, il rêve de conquérir la France. “Après l’euphorie du départ, nous avons fait le bilan de Par la Fenêtre. Il apparaît très positif dans un premier temps. 3 000 albums vendus en six mois, c’est ce qu’on espérait faire en un an. Pour la Belgique, ce n’est pas si mal.” Mais ce n’est pas assez pour faire vivre un homme ou une maison de disque. “Le marché belge reste très limité au niveau de la chanson française. Il n’y a pas de réseau qui permette de tourner dans des festivals comme il en existe pour le rock… Dans l’Hexagone, la variété touche quelque 55 millions de personnes. Mais franchir les frontières, c’est plus compliqué qu’il n’y paraît, les passerelles entre les deux sont inexistantes.” Il faut donc presque repartir à zéro. Ce qui ne lui fait pas peur, puisque à partir de septembre, Matthieu jouera à Paris dans les piano-bars et les cabarets… ces lieux qui l’ont vu naître en Belgique.
Mon petit Proust
Mon principal trait de caractère: je suis persévérant, ambitieux, solitaire.
La qualité que je préfère chez les hommes: la fidélité (en amitié comme en amour).
La qualité que je préfère chez les femmes: l’humour et l’indépendance.
Mon principal défaut: l’angoisse.
Ma principale qualité : l’écoute.
Mon rêve de bonheur: continuer à pouvoir faire mon métier comme je l’entends.
Ma devise : “Mieux vaut boire et dégueuler que ne pas boire et s’emmerder”.
Photos : Bénédicte Maindiaux, Christophe Bortels et DR.
LAURE D’OULTREMONT
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● 1976 : naissance le 8 septembre à Ixelles.
● 1986 : à 12 ans, il compose ses premières chansons.
● 2001 : Matthieu sort du Jazz Studio à Anvers.
● 2002 : gagnant du concours “Pour la Gloire” (RTBF)
● 2004 : sortie en juin de son premier single Jeannine et en septembre de son album Par la Fenêtre.
● 2005 : troisièmes clip et single : Par la fenêtre. |